Trames et noeuds entrelaçant le sud au nord, le nord au sud - Tramas y nudos entrelazando el sur al norte, el norte al sur

lundi 31 décembre 2012

Revendications pour le travail des personnes peu ou non scolarisées


Bruxelles - Le 1 mai dernier, la fête du travail a réuni apprenantes et apprenants de la locale de Lire et Écrire Nord-Est à la Place Rouppe, pour la réalisation d’une Peinture-action visant à sensibiliser le public bruxellois sur la problématique du travail pour les personnes peu ou pas scolarisées.
Plutôt que de présenter au public des textes élaborés préalablement, les apprenants ont construit sur place leur propre matériel, haut en couleur ! Installés dans l’espace public,  ils ont peints 7 silhouettes humaines grandeur nature qui ont ainsi acquis petit à petit sous le regard des curieux, des yeux, une bouche, membres et corps. Ces panneaux en bois représentaient, tel un miroir, le « double » des apprenants et apprenantes devenus maçons, cuisiniers ou infirmières, des métiers qu'ils désirent apprendre ou qu'ils faisaient dans leur pays d'origine.

Toutes et tous étaient concentrés, penchés sur leur image, embrassant de leurs bras cet "autre", à la fois proche et différent. L’image d’un corps à corps m’est alors venue à l’esprit, comme s'il s’agissait d'un combat avec soi-même, ou alors d'une danse de couple

À certains moments, le public s'est joint aux apprenants, tel ce passant qui a peint très consciencieusement son double artiste-peintre.

Des espaces tableaux-noirs placés ici et là sur le corps de ces hommes et de ces femmes impassibles et muets se sont mis progressivement à parler : des revendications et des slogans y ont été transcrits à la craie, allusion symbolique à l’école qu’ils n’ont pas connue, ou si peu, et à leur volonté de ne pas lâcher prise ! Écrire ces textes, pour des apprenants d'alpha, est le fruit d'un processus "de fabrication de l'écrit", l'aboutissement de plusieurs mois de travail avec les formateurs et les formatrices, et donc un acte qui en soi est déjà porteur de beaucoup sens, au-delà des messages revendicatifs exprimés: "Tout le monde dit que j'ai le droit de travailler, mais je ne trouve pas de travail", "Et nous!?! Tout le monde a de droit de travailler!", "Je veux travailler et apprendre le français en même temps!", etc.

Narquoise, un léger rictus au coin des lèvres, chaque silhouette semblait décidément bien provocatrice.

Et au milieu de tout ce monde, comme il ne pouvait en être autrement dans une fête, enfants, conjoints, parents … beignets et jus de gingembre étaient de la partie, faisant aussi de cette journée un moment de convivialité et d'amitié.



La Peinture-Action a été réalisée avec la collaboration de ART MURAL Asbl.

La vidéo de cette action a été publiée sur Rhizome-tv à l'adresse suivante: 

dimanche 9 décembre 2012

Le don des immigrés: redonner du sens aux Européens?

Depuis le mois de septembre je suis "bénévole alpha en cours du soir". Cela signifie que j'accompagne un groupe d'apprenants alpha, deux heures par semaine, de 19h00 a 21h00.

Je voudrais faire rapidement quelques commentaires sur le sens du bénévolat, car ne sont pas toujours bénévoles ceux qui pensent l'être.

Les bénévoles de l'association où je travaille ont fait un petit bilan du premier trimestre. Ce qui en ressort: une expérience humaine. incomparable, "fantastique", "c'est très enrichissant humainement"... Le bénévolat est à remettre en question dans beaucoup d'aspects, mais une chose est sûre: nous sommes ici face à un don des apprenants à leurs formateurs: l'occasion de pouvoir donner d'eux-mêmes pour participer au maintien d'une certaine humanité, dans une société où, crises obligent, l'individu devient de plus en plus sollicité au détriment du "collectif". D'une certaine façon, les apprenants mauritaniens, guinéens ou marocains, permettent aux formateurs de se sentir plus humains, plus au service de l'humanité.

Ceci n'est pas sans me rappeler une expérience dont j'ai pris connaissance récemment. Un projet d'accueil pour personnes en difficulté psychologique: ce sont des hommes PEULS immigrés qui reçoivent dans leur foyer de la "communauté du Vivier" des Belges qui ne veulent plus aller dans des structures d'accueil classiques.
http://www.syfia.info/index.php5?view=articles&action=voir&idArticle=1156

Récemment, un jeune étudiant d'anthropologie de Liège me parlait d'une association qui envoyait des jeunes Belges en réhabilitation dans des villages africains, où ils retissent des liens sociaux à partir d'activités productives quotidiennes qu'ils partagent avec les villageois.

Mais que proposent ces villageois africains aux Européens, que l'Europe n'est pas en mesure de leur donner?  Comment est-il possible que malgré les centaines de structures d'accueil, les formations de tout genre aujourd'hui disponibles sur le marché professionnel  ou  les milliards d'euros engagés dans des associations et des projets sociaux, les pays européens ne soient pas en mesure de satisfaire les demandes plus affectives, psychologiques ou existentielles de leurs populations? N'y a-t-il pas ici une véritable coopération du sud au nord, insoupçonnée et silencieuse, car enfouie dans l'intimité des liens sociaux?