Trames et noeuds entrelaçant le sud au nord, le nord au sud - Tramas y nudos entrelazando el sur al norte, el norte al sur

dimanche 22 février 2015

L'alphabet de Frédéric Bruly Bouabré

Parmi les excellents films de la trilogie "D'une langue à l'autre" de Nurith Aviv, les éditeurs (Montaparnasse) ont inclus un film de la réalisatrice sur l'alphabet de Bruly Bouabré. La synopsis précise: 


"La Côte d'Ivoire compte environ 600 000 Bétés. Leur langue n'est pas enseignée à l'école, où l'on apprend le français. Dans les années 1950, Frédéric Bruly Bouabré, issu de ce peuple, décide d'inventer une écriture à partir de sa langue. Pour créer son alphabet, il extrait de la langue bété 400 mots monosyllabiques et les représente sous forme de pictogrammes. Seuls quelques initiés pratiquent cette écriture mais les dessins de Bruly circulent dans les musées du monde entier. Tourné en Côté d'Ivoire, ce film, entrecoupé d'extraits de lettres envoyées à Théodore Monod, un proche de l'artiste, permet de découvrir l'alphabet de Frédéric Bruly Bouabré."
http://www.dailymotion.com/video/x34zqv_l-alphabet-de-bruly-bouabre_creation#.UN2L6-Qmbh5

Cet alphabet permet de reconstituer tous les mots et les phrases de la langue orale en utilisant les pictogrammes des 400 mots syllabiques sélectionnés. Ainsi, par exemple, pour écrire le nom de famille "Gbeuly",  il faut représenter deux idéogrammes: "Gbeu" qui signifie la cognée ou la hache, et "Ly" qui signifie la lance. 








Cette écriture a été comparée par certains chercheurs français aux rébus: 


"À vrai dire, ce que Bruly vient de réaliser n’est pas nouveau : le procédé nous est ainsi 
décrit dans l’Encyclopédie ou Dictionnaire raisonné  des sciences, des arts et des métiers, sous la rubrique 
Rébus : "Jeu d'esprit assez insipide qui consiste à employer, pour exprimer des mots, des images 
des choses et des syllabes détachées, ou des portions de mots". Un jeu auquel cependant le poète 
Clément Marot, entre autres, se prêtait malicieusement. Par exemple, dans une Epistre du coq en 
l’asne : 
Une estrille, une Faulx, un Veau, 
C'est à dire estrille fauveau, 
En bon rebus de Picardie. 

C’est que le rébus, tel qu’il vient d’être décrit, évoque une pratique bien plus ancienne : il est partie intégrante de l’écriture hiéroglyphique, essentiellement pictographique,  de l’Égypte antique. Et voilà comment, de 

l’observation des pierres de Bekora, est venue la lumière, l’idée d’une écriture qui, en raison 
même de ses origines, se trouve naturellement associée, voire appropriée à la civilisation bété. " (Denis Escudier,